Dossier de presse - Nuits Théâtrales Marlenheim

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Dossier de presse
Nuits Théâtrales Marlenheim

Cèdre d’Or du meilleur spectacle de plein air de la circonscription, Duttlenheim 2006.
Oscar (Bonzini) des Cèdres d’Or du meilleur spectacle de plein air de la circonscription, Mutzig 2011

Le Coq et le Riesling...






Note de présentation

Depuis 1989, les Nuits Théâtrales de Marlenheim présentent tous les deux ans un spectacle en plein air, sur une dizaine de représentations. L’ambition, tout au long des seize pièces présentées, est de raconter une page de l’histoire de la commune, et plus largement de celle de l’Alsace. De 589 à 1961, tous les grands événements qui ont marqué la région ont ainsi été représentés. Ainsi, la pièce « Enfin parlons-en », qui raconte la période 1939-1945, produite en 2011, a été reprise au Mémorial d’Alsace-Moselle de Schirmeck, et filmée par Alsace 20. Il s’agit en effet de théâtre, et pas seulement de spectacle en plein air. Une centaine de personnes, issues du monde associatif de Marlenheim, participe à cette aventure artistique et humaine : auteur, metteur en scène, régisseur, acteurs, figurants, techniciens et administratifs, donnent ainsi leur impulsion à la vie culturelle de la cité. A côté du Mariage de l’Ami Fritz et de la Fête du Livre, ces nuits théâtrales, ancrées depuis maintenant plus de trente ans dans une tradition, poursuivent leur triple pari : un pari didactique, un pari artistique, un pari citoyen.

Les Nuits Théâtrales de Marlenheim proposent, tous les deux ans, en alternance avec la Fête du Livre, de ressusciter un événement du riche passé de la commune.
L’objectif est triple :

  • fédérer les forces vives de la commune dans un projet qui mobilise près d’une centaine de personnes, toutes compétences confondues ;
  • enseigner l’histoire de leur région à des spectateurs potentiellement intéressés par elle ;
  • produire un véritable événement culturel, accessible à un large public, certes, mais dégageant en même temps du sens : il s’agit ici de théâtre, et pas seulement de spectacle.
    

Seize expériences fort concluantes retraçant des moments historiques de notre cité ont déjà été tentées depuis 1989 :
  • En 1989, dans le cadre du 1400ème anniversaire de la commune ; la pièce de théâtre « Les Amants Diaboliques », écrite et mise en scène par Paul Sonnendrucker, retraçait la conjuration ourdie à Marlenheim contre le jeune Childebert (VIe siècle).
  • En 1991, Paul Sonnendrucker mettait en scène un nouveau spectacle théâtral de plein air
  • « Richarde, Cœur de Lion », qui racontait l’histoire de Richarde, Impératrice alsacienne, patronne de la Paroisse de Marlenheim (IXe siècle).
  • En 1993, « Les Vendanges de la Paix », 3e épisode consacré à la Guerre de 30 ans, était écrit par Gabriel Schoettel, originaire de la commune et mise en scène par Marcel Grandidier.
  • En 1995, « Les Raisins de la Colère », pièce écrite par Gabriel Schoettel et mise en scène par Yves Grandidier avait pour thème la guerre des paysans.
  • En 1997, Yves Grandidier mettait en scène un épisode de sorcellerie dans « Les Démons de la Saint-Jean » écrite par Gabriel Schoettel.
  • En 1999, « Le Fléau » (pièce écrite par Gabriel Schoettel et mise en scène par Yves Grandidier) retraçait une épidémie qui avait ravagé Marlenheim au printemps 1786.
  • En 2001, Yves Grandidier mettait en scène « Les 7 demoiselles de Marlenheim » (écrite par Gabriel Schoettel) qui s’inspirait d’une légende célèbre à Marlenheim : les maisons à tourelle.
  • En 2003, « L’Amie Friedel » se joue en 1864, année paraît à Paris l’Ami Fritz, et cette même année est inaugurée la voie de chemin de fer Wasselonne-Molsheim, qui passe par Marlenheim.
  • En 2005, « Un Tramway nommé Delsor » retrace l’arrivée du Tramway à Marlenheim en 1903, à une époque où l’Abbé Delsor, figure majeure de l’Alsace de cette époque, farouchement pro- français dans une province qui ne se sent pas vraiment persécutée, est curé de Marlenheim.
  • En 2007, dans « A l’ombre des jeunes filles en bleu » on retrouve Friedel dans le cadre de l’école ménagère Sainte-Richarde, fondée par l’Abbé Delsor, qui assiste aux joutes qui déchirent l’Alsace de 1924-1925, et qui ont leur chambre d’écho dans le canton et la commune.
  • En 2009 et 2011, à Marlenheim et au Mémorial d’Alsace-Lorraine à Schirmeck, « Enfin parlons- en ! » aborde le « trou noir » de l’histoire en Alsace, à savoir la période 1939-1945 que très rarement « représentés » au théâtre en Alsace (sauf, évidemment, l’incontournable chef d’œuvre de Germain Muller, arbre qui cache... le vide). Une mise en abyme : l’histoire (l’Histoire ?) est vue à travers des regards d’élèves d’aujourd’hui (en 5 tableaux contemporains) qui vont en maison de retraite recueillir des témoignages d’autrefois qui prendront vie en 5 tableaux historiques dans une mise en scène d’Yves Grandidier à la fois sobre et empreinte de modernité.
  • En 2013, « Malgré tout », retrace le retour des Malgré-Nous en 1945 : l’attente des familles en Alsace et le retour des prisonniers.
  • En 2015, « Cette année-là 1953 » relate l’épisode du procès de Bordeaux où des jeunes alsaciens ont été condamnés puis « graciés » pour avoir « Malgré eux » participé à la tragédie de l’incendie d’Oradour sur Glane.
  • En 2017, « De la boue au bâton » retrace la vie d’un village alsacien au début des années 60 avec le remembrement des terres agricoles et l’apparition des premières zones commerciales.
  • En 2019, « Sous les pavés la place », un slogan qui fait bien sûr écho au célèbre mot d’ordre de mai 68, à Strasbourg avec ses effets dans les campagnes alsaciennes.
  • En 2022, « Sacré collège ! », la mobilisation autour d’un projet éducatif ambitieux, rivalités de territoires, combats de coqs ponctuent cette comédie qui mêle réalité et fiction, fidèle à la devise : « Instruire en divertissant, divertir en instruisant ».
  • En 2024, « Quand le ciel se fâche ! »,

L'auteur
Gabriel SCHOETTEL
Agrégé de Lettres retraité, chargé de mission au Rectorat pour l’option Langue et Culture Régionales, Gabriel Schoettel est romancier et dramaturge. Auteur d’une quinzaine de romans aux éditions Oberlin et du Verger, il a écrit autant de pièces de théâtre, notamment toutes celles des Nuits Théâtrales depuis 1993. Par ailleurs auteur du livret de l’opéra Luther ou le mendiant de la Grâce, joué dans une dizaine de lieux en Alsace et en Lorraine, il est aussi l’auteur de « Vergissmeinnicht / Ne m’oublie pas » : cette dernière pièce, produite par le CIAS de Niederbronn en 2022, a été jouée une douzaine de fois à travers la région par la troupe professionnelle de BAAL Theater en 2023.
 
Elle sera rejouée en 2024, suivie d’interventions de l’auteur dans les classes de troisième ; sa traduction en allemand sera jouée à partir du mois de janvier en Allemagne. Les thèmes de prédilection de Gabriel Schoettel concernent la recherche de la vérité impossible, le passé qui ne passe pas et le travail sur la mémoire. A Marlenheim, il s’attache à faire connaître des pages oubliées de l’histoire de la commune, sous une forme qui permet à un large public de la découvrir, fidèle à la formule de l’éditeur Hetzel : « Instruire en divertissant, divertir en instruisant ».



Le metteur en scène
Yves GRANDIDIER

                                     
Animateur et conférencier, il a fait ses premiers pas au théâtre comme comédien avec Paul Sonnendrucker aux 1ères Nuits Théâtrales de Marlenheim en 1989, puis aux Comédiens du Rhin il assure sa première mise en scène en adaptant Gaslight de Patrick Hamilton en 1992. Depuis, il a réalisé la mise en scène des 15 dernières éditions des Nuits Théâtrales de Marlenheim. En 1994, il goûte au théâtre dialectal en intégrant le Cabaret d’Waeschbritch. En 1995, il crée le Cabaret bilingue la
 
« Budig » qui présente chaque année depuis 28 ans une nouvelle revue satirique, caricaturant la vie quotidienne et politique de ses concitoyens en alsacien et en français, en sketchs et en chansons. Yves Grandidier a également tourné dans de nombreuses productions cinématographiques et télévisuelles et notamment dans le pilote de la série régionale Hopla Trio en 2013, ainsi que dans de nombreux courts métrages. Pour les festivités de l’an 2000 à Hochfelden, il a écrit et mis en scène une fresque historique en 6 tableaux : « Entre Pierre et Clé » ainsi qu’un conte musical : « L’homme de la Zorn » en 2004.
 
 
En 2002 et 2003, il obtient le 2e prix de Poésie Dialectale avec Errinerung et d’Lieb au Prix Littéraire du Pays de Neuf-Brisach, un 1er prix de Poésie Alsacienne au Prix Littéraire du Centre Européen pour la Promotion des Arts et des Lettres à Thionville en 2004 ainsi qu’une mention spéciale du Jury du prix Conrad Winter au Festival Summerlied en 2008. Avec sa passion du spectacle vivant et de l’Alsace qui le caractérise, Yves Grandidier et la « Budig » se voient décerner un Bretzel d’Or en 2005 par l’Institut des Arts et Traditions Populaires d’Alsace pour leur engagement et leur œuvre
 
en faveur de l’Alsacianité. Yves Grandidier était également Directeur Général (retraité depuis 3 ans) à l’ATE aujourd’hui APEDI Alsace, association qui gère des établissements et services pour personnes déficientes intellectuelles. Mettre en scène une pièce (tragique ou comique) écrite par Gabriel Schoettel reste un exercice souvent périlleux pour marier géographie du lieu de représentation (place de la Mairie) et sujet de l’action des 19e Nuits Théâtrales : « Le Coq et le Riesling ... ».
 
 
Pour donner aux spectateurs l’illusion animée de l’ampleur de cette catastrophe naturelle qui s’est abattue dans les rues d’un village alsacien à flanc de colline, un décor léger et flottant sous forme de tissu imprimé pouvant onduler au gré du vent apparaissait comme une réponse adaptée. Pour cela, il s’est attaché du pouvoir créatif des élèves et de leurs professeurs de l’Institut Supérieur des Arts Appliqués de Strasbourg qui réaliseront les graphismes et de l’entreprise FABEON, une « microfactory » dédiée à l’impression numérique et qui est chargée de l’impression.
 
Les choix de mise en scène de cette nouvelle édition des Nuits Théâtrales de Marlenheim offriront aux spectateurs l’occasion de se laisser transporter par le jeu des comédiens, par l’environnement théâtral dans lequel ils évolueront, par la musique qui les accompagneront, bref, d’être les témoins d’un spectacle vivant du XXIe siècle témoignant des forces de la nature de la fin du XXe siècle.

Note d'intention

“ Comédie traitant d’un sujet grave avec légèreté et humour ”. Cet apparent oxymore qui forme la commande de cette pièce est accompagné d’une autre recommandation : le sujet ne doit pas concerner le “ local”, c’est-à-dire notre commune. Notre commune, non. Mais la vie commune, oui ? La vie en commun. La vie communale en somme, mais pas la nôtre bien sûr. Ce sera donc un sujet universel et contemporain, voire intemporel. Et le fameux “ vivre ensemble”, sujet éminemment politique, puisqu’il aborde la vie de et dans la cité, sera au cœur de la pièce.
 
 
           Dans un contexte semi-rural, comment faire cohabiter en bonne intelligence des paysans villageois et des néo-ruraux, ceux que Maurice Wintz appelle les “épiruraux”, aux objectifs et aux codes différents ? Pour les premiers, la campagne est un matériau de travail que l’on exploite, qui vous fait vivre, et qui nourrit la population. Pour les seconds, c’est un paysage, un jardin, un décor. Leur opposition, voire leur confrontation, puis leur rencontre, constituent un sujet de choix pour une intrigue théâtrale. Et si celle-ci relève de la comédie, c’est-à-dire d’une fin heureuse, l’intervention du médiateur qu’est le politique s’impose naturellement. Thomas Joly, metteur en scène du spectacle des Jeux Olympiques 2024, qui se targuait de “ créer de l’unité en montrant nos différences” ne dit pas autre chose.
 
 
           De Molière aux cabarettistes et aux humoristes, on sait que la meilleure façon de traiter un sujet grave est d’en faire rire. Ce sera encore le cas ici, à travers les situations, les caractères, le langage. Et pour introduire un rythme fluide, l’écriture devrait permettre d’enchaîner les tableaux : ceci évitera les longues pauses dans le noir qui cassent le rythme. Pour cela, les décors devraient pouvoir être limités, les effets sonores exigés par le thème compensant l’économie des effets visuels. Enfin, l’alternance, sur des espaces différents de la scène, de tableaux intimistes assez courts et de tableaux de plein air et de foule plus longs, contribuera-t-elle aussi à une certaine dynamique. Car nous voudrons donner raison à Alfred Hitchcok qui disait : “Le théâtre c’est la vie, ses moments d’ennui en moins.”

 

Synopsis

1/ Dans la chambre à coucher du Maire
Les chants répétés du coq Hippolyte finissent par réveiller Emmanuel Schneider, le Maire d’un village de 980 habitants, puis sa femme Sylvie. Ils discutent de la situation générale dans le village, et notamment des dissensions entre les agriculteurs et les néo-ruraux du lotissement. Sylvie se plaint de tous les ennuis qu’apporte la fonction de son mari, ainsi que de l’obstination de celui-ci à vouloir rechercher le consensus. Cependant Emmanuel s’habille et s’apprête à rejoindre ses administrés sur le terrain.

I/ Sur le chemin d’exploitation rurale, entre le lotissement et les vignes
Les néo-ruraux, conduits par Viviane Baltzinger, se rassemblent et se dirigent vers les vignes. Ils arborent des tee-shirts et des pancartes très explicites (« Pulvérisations : non, non et non ! », « Tout doux contre le mildiou ! », « Soignons nos poumons, pas le pinot ! »… ). Pendant qu’ils marchent, ils évoquent leur vision d’une campagne très idéalisée. Un tracteur fait barrage, conduit par un vigneron semblable à un poilu de Verdun, en combinaison intégrale et masque sur le visage pour se protéger. Le vigneron se lance dans un plaidoyer passionné pour son métier, les néo-ruraux avancent les normes ZNT, DSPPN, CMR1 et autres. Les arguments et les insultes volent bas et menacent de dégénérer en bagarre. Le Maire arrive. Ils vont mesurer très précisément la distance à partir de laquelle le vigneron pourra se mettre à pulvériser. Les deux parties pinaillent au centimètre près.

2/ Dans la chambre à coucher des Baltzinger (néo-ruraux)
Le chant du coq (qui n’est pas nommé, ici,) réveille le couple, qui proteste contre cette agression intolérable, le traite de tous les noms, et se promet de réagir (lui tordre le cou, le transformer en coq au riesling, faire un procès…). Mais ils se rendorment tous les deux et sont à nouveau réveillés par l’angélus de six heures, qu’ils maudissent avant de retomber dans le sommeil. Et ce sont leurs enfants, qui se précipitent dans leur chambre en hurlant, qui les réveillent définitivement : il se passe quelque chose devant leur maison !

II Devant la maison des Baltzinger
Le tracteur s’en va après avoir déversé du fumier devant la maison. Les Baltzinger ameutent les voisins et pointent tous les désagréments de la campagne (odeurs, bruits, insectes, dérangements, pollutions diverses…) et se mobilisent pour faire des procès. Ils décident de déposer une plainte, et veulent un procès pour faire taire le coq. Les paysans qui sont arrivés, alertés par le chahut général, pointent, eux, les contradictions des néo-ruraux, cependant que les adolescentes des néo-ruraux s’indignent de la saleté, des odeurs et des moustiques. Les plus jeunes des garçons se livrent à une bataille de boules de fumier.

3/ Dans la chambre à coucher des Fassnacht, un couple paysan
Hippolyte le coq réveille le couple. Madeleine confie le cauchemar qu’elle vient de faire : elle avait rêvé qu’Hippolyte avait été guillotiné ! Guillaume, qui est rentré dans la nuit à l’issue du procès contre Hippolyte, fait le récit du procès, non sans faire durer habilement le suspense sur l’issue de celui-ci. Lorsqu’il annonce finalement que le coq pourra chanter tout son saoul, c’est une explosion de joie, les enfants du couple se joignent aux parents pour célébrer bruyamment la bonne nouvelle.

III Quelque part, sur le chemin d’exploitation rurale
Gwendoline Wilson, une Anglaise très caricaturale, se promène en chantonnant une comptine anglaise. Elle salue, au loin, bienveillante et exaltée, les vignerons qui travaillent. Et puis elle tombe en arrêt, un peu effrayée, devant « le poilu de Verdun », alias Fabrice Guthknecht sur son tracteur. Ils font connaissance (il enlève une partie de son harnachement), elle est une touriste qui veut découvrir les particularités de la campagne française : ils échangent sur le Brexit, le vin, la France, la campagne. Elle découvre avec ravissement les noms des cris des animaux, en français ; leur entente se fait de plus en plus cordiale, notamment quand ils passent en revue une dizaine de traductions de « cocorico ».

4/ Dans la chambre à coucher du Rbnb où loge GwendolineWilson
Le chant du coq Hippolyte est suivi par l’angélus. La scène commence par un petit monologue de Gwendoline sur le plaisir qu’elle prend à la découverte de la beauté de la campagne alsacienne. Un ronflement à côté d’elle indique bientôt qu’elle n’est pas seule dans son lit. On comprend que son compagnon est pour quelque chose dans ce plaisir : c’est Fabrice Guthknecht qui se réveille au son de l’angélus. Gwendoline filme d’abord le coq avec son smartphone, puis Fabrice, met tout cela sur son compte Instagram, pendant qu’il lui détaille les beautés de son métier. Il évoque « L’amour est dans le pré », elle lui répond « Emily in the country », et ils replongent derechef sous les draps.

IV/ De maison en maison dans le lotissement
Viviane Baltzinger, accompagnée de deux ou trois néo-ruraux, va de maison en maison présenter une motion qu’elle demande de signer : c’est une motion exigeant l’arrêt d’un certain nombre de sonneries de cloches, notamment l’angélus. Le paradoxe comique de la démarche réside dans le fait que le premier habitant interpellé passe sa tondeuse thermique, le deuxième son taille-haie, le troisième utilise sa perceuse à percussion, et le quatrième découpe des bûches à la scie circulaire. Tout ce petit monde s’indigne, s’échauffe, pétitionne contre le bruit et en fait de plus en plus !

5/ Dans la chambre à coucher du Maire
Le Maire se réveille en sursaut : l’angélus n’a pas sonné, ce silence le perturbe. Il réveille sa femme et ils échangent sur l’arrêt du tribunal qui enjoint à la commune de supprimer l’angélus, ce qu’il a fait depuis trois jours. Cela aurait dû se régler à l’apéro, dit-il, pas au tribunal ! Suivent entre eux des réflexions sur les problèmes quotidiens d’un maire, la difficulté à concilier les aspirations contraires de ses administrés, la recherche d’un consensus impossible, bref la conduite de cette Nef des Fous qu’est la vie en communauté. Sylvie rappelle à Emmanuel la liste de toutes les avanies subies et l’incite à ne plus se représenter. Hippolyte le coq chante enfin, un peu enroué : il est temps de s’habiller pour se rendre à la grande fête des réconciliations.

V/ Sur la place centrale
Les néo-ruraux et les villageois-paysans arrivent par petits groupes bien distincts. Ils évoquent les uns leurs soucis de pulvérisations et de maladies de la vigne, les autres leurs soucis de bobos ruraux (bruits et nuisances diverses, jardins, pergolas, échéances, vacances, régimes…). Ils prennent place autour des tables, mais les deux groupes restent bien séparés. Le Maire prend la parole pour un discours de réconciliation ; il met d’abord en garde contre le danger que leur commune devienne un village-dortoir, voire un village-fantôme, un village du chacun pour soi, et non pas un lieu où l’on vit ensemble les uns avec les autres et les uns pour les autres ; puis il évoque les mesures de protections contre les coulées de boue, mais aussi le « patrimoine sensoriel » à préserver, et donc les concessions réciproques pour  mieux vivre ensemble ; il rappelle le discours de J.F. Kennedy en l’adaptant (« non pas ce que le village fait pour moi, mais ce que je fais pour le village »), énumère les nombreuses initiatives individuelles en faveur de la communauté (un banc installé par un particulier, l’arrosage des plantes municipales par un riverain, les colis de Noël apportés par des particuliers, les illuminations de Noël faites par un « illuminé, le pedibus, la cabane à livres, etc.), il rend hommage à toutes les activités bénévoles, qui concourent au bien commun. Son discours, qui conjugue les actions concrètes avec un lyrisme utopique, emporte progressivement l’adhésion de tous. Peu à peu, les néo-ruraux et les villageois se sont rapprochés, mélangés, sans distinction d’origine, on se sert à boire, et à manger : sur les plats, on sert … du coq au riesling. Mais ce n’est pas Hippolyte, qu’on entend chanter très fort !
 






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